
75005 Paris
Tel:01.43.29.33.08
contact@espace-ishtar.fr
|
Présentation |
|
Agissons
ensemble |
|
Adhérer |
Association Ishtar
Apparu dans l’histoire occidentale il y a 500 ans, le capitalisme, comme système historique, n’a jamais cessé d’aller à la conquête du monde, du premier pillage colonial de l’Amérique indienne
(1492) jusqu’à l’actuelle globalisation. Celle-ci est moins une harmonisation des sociétés du monde, comme le prétend la pensée unique, que leur occidentalisation. Derrière l’« économie
monde-capitaliste » (Immanuel Wallerstein), la « communication-monde » (Armand Mattelart), la « modernité-monde » (Jean Chesneaux), la « science-monde » (Xavier Polanco) se
déploie l’entreprise de l’« occidentalisation du monde » (Serge Latouche), de la standardisation des Imaginaires, de l’uniformisation des cultures.
La réification et la marchandisation ne sont pas sans conséquences sur les représentations culturelles qui traversent les sociétés ; elles soutiennent et légitiment les prismes idéologiques par
lesquels l’Occident considère l’Autre. Le professeur palestinien Edward Saïd, à travers une méthode sensible et concrète, a mis en lumière ces mécanismes réducteurs, ainsi que la logique de
négation sous-jacente. Il a contribué à dévoiler le caractère colonial et/ou néo-colonial de l’orientalisme, cet ensemble de discours de l’Occident sur
l’Orient.
« L’orientalisme, écrit Edward Said, repose sur l’extériorité, c’est-à-dire sur ce que l’orientaliste, poète ou érudit, fait parler l’Orient, le décrit, éclaire ses mystères pour
l’Occident. » Les Orientaux « ne peuvent se représenter eux-mêmes; ils doivent être représentés. »
Dans l’optique orientaliste, l’Autre (l’Arabe, le Musulman, l’Indien, le Chinois, le Japonais, l’Africain…) n’existe pas
en tant qu’Autre mais en tant qu’objet déposé dans un espace dominé par le pouvoir occidental. Au mieux, il est un sauvage en voie de civilisation, au pire un barbare qui doit disparaître…Il
n’est pas certain que ces représentations, qui s’originent, en partie, dans les productions intellectuelles des XVIII ème et XIX ème siècles, aient disparues. Comme nous le disions, la
globalisation tend à planétariser la règle de la statistique, la quantification. Le « Viol de l’imaginaire », dont parle l’ancienne Ministre de la Culture du Mali, Aminata Traoré, est lié à ces
processus mortifères. « Désapprendre l’esprit spontané de domination. » Cette exigence politico-culturelle d’Edward Said est plus que jamais à l’ordre du jour. Elle est l’essence du projet
de notre Association Ishtar…
Cette perception, qui confond universalité et occidentalité, loin de favoriser une vraie rencontre interculturelle, constitue un obstacle. Notre association considère comme nécessaire la
décolonisation
des regards. Cela signifie la réappropriation par les peuples du Sud eux-mêmes de leur héritage historique et mémoire culturelle et la mise en place des conditions d’émergence d’une autre
perception de la diversité humaine, selon un universalisme pluriel et concret.
Notre association souhaite explorer le patrimoine du monde arabe, d’abord dans sa période musulmane, mais aussi dans la profondeur de son antiquité. Mais si la Mémoire est pour nous
primordiale, elle ne saurait épuiser la culture. D’ailleurs, le respect de la Mémoire se doit d’être dynamique et non pas muséifiant. C’est parce que nous la voulons vivante qu’elle peut
fertiliser le champ de la culture d’aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle nous serons attentifs à la création contemporaine.
Nous voudrions préciser que l’arabité ne saurait être réduite à une catégorie ethnique. Elle renvoie, d’abord, à une réalité culturelle, qui est elle-même porteuse de diversité. De même, nous
comprenons l’Islam comme civilisation et pas uniquement comme foi.
Les cultures du monde ne sont pas des réalités indépendantes les unes des autres. Organismes vivants, elles se déploient dans l’espace et le temps, au gré de leur génie propre et des interactions
qui les lient à l’ensemble de l’humanité. Loin d’être juxtaposées, les cultures se nourrissent mutuellement. Ainsi, au cœur du Moyen Age, la civilisation arabo-musulmane a-t-elle recueilli et
revivifié les héritages de l’Antiquité. La Maison de la Sagesse (bayt al-hikma), par exemple, joua, dans la Baghdad abbasside, un rôle essentiel dans leur transmission.
Dire que la culture est une dimension essentielle de notre humanité, c’est dire aussi, qu’à partir d’elle, nous pouvons questionner le monde; et cela, toujours, dans la perspective d’une
universalité plurielle. La promotion de la diversité culturelle n’est pas séparable de ces valeurs fondamentales que sont, notamment, la justice sociale, l’économie solidaire, le droit des
peuples à leur souveraineté, la justice écologique, l’émancipation féminine. Ces valeurs sont des potentialités de toutes les cultures. Notre association entend le
rappeler.
A travers des conférences et séminaires, nous entrerons dans l’intelligence des cultures et sociétésarabes. Nous explorerons aussi les tissages transculturels entre ce monde arabe et les
mondes africains, latino-indiens, asiatiques. Bien sûr, nous consacrerons une part importante de nos activités au dialogue euro-arabe. Ces échanges seront menés sous le signe de la raison, mais,
pour reprendre une expression du sociologue Edgar Morin, nous voulons qu’elle soit « ouverte » - et non « close » comme dans un rationalisme sec hérité du 19ème siècle - c’est-à-dire accueillante
à l’égard de l’Imaginaire, du mythe, du merveilleux, du sacré et de la poésie.
|
|
|
|
|
|
|
Audio |